“Beaucoup d’hommes naissent aveugles, et ils ne s’en aperçoivent que le jour où une bonne vérité leur crève les yeux.”

La machine infernale, Acte 2, Jean Cocteau

En plus des articles que je suis susceptible, deci-delà, d’écrire je posterai ici les divers éditos ou tribunes qu’il m’arrive de commettre. Celui-ci est un édito du numéro de février 2019 du magazine « territoires du social » publié par l’UNCCAS.

La précarité énergétique n’existe pas.

Chaque année en novembre, nous voyons fleurir cette précarité énergétique avec son cortège de fenêtres mal isolées, d’enfants aux joues rouges et gros pulls et ses solutions : tarifs réglementés, chèque énergie, éco-gestes…

Pourtant réduire, à un temps donné, la question de la précarité à celle de l’énergie est un non-sens. Au risque d’apparaitre iconoclaste, il est totalement faux de parler de « précarité énergétique ».

Qui peut croire un instant qu’un concitoyen, une famille puisse ne souffrir que de précarité énergétique. Cette précarité, spécifique, n’est que la résultante d’une précarité plus large. Dire le contraire, à longueur d’articles, produit deux effets pervers.

Le premier, celui de penser qu’aider à régler une facture ou à réaménager le logement « passoire énergétique » va résoudre le problème. L’impayé est dû à une difficulté financière, traiter l’impayé traite une conséquence, non la cause.

Le second, résulte du premier. Le traitement de la précarité se fait en France par segment. Alors que le travail social cherche à prendre en compte la personne dans sa globalité, avec sa multiplicité de problèmes, les dispositifs réglementaires d’aides ont été segmentés à un tel point qu’ils ont renforcé cette focalisation sur les conséquences, occultant petit à petit les causes.

Oui, il est indispensable de maintenir, adapter, voire imaginer de nouveaux dispositifs d’accompagnement et de solidarité. Mais il faut surtout les réfléchir en cohérence les uns avec les autres.

Sinon on perd un temps fou à traiter un symptôme.

Et on ferme les yeux sur la maladie en ostracisant le malade.

 

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